La Très très grande entreprise, de Pierre Jolivet * * *

Une des polémiques les plus tenaces à avoir jamais animé ces colonnes concerne l’existence ou non du talent de Pierre Jolivet. Je prétends, moi, que le bonhomme n’en manque pas. Alors que le titre de ce nouveau film laissait attendre une resucée de Ma petite entreprise, mais sans Bashung, Jolivet a bien d’autres tours dans son sac.

La très très grande entreprise, c’est Naterris (1), une multinationale spécialisée dans les produits chimiques. Au début du film, première surprise, elle est condamnée à verser des indemnités aux malheureux riverains d’un lac qu’elle a abondamment pollué. Fin de l’histoire ? Non. Ruinés, les plaignants se voient offrir des dommages et intérêts à hauteur de 12.000 euros par personne, la pollution ayant été jugée accidentelle. La somme n’est pas mince mais elle ne peut permettre à un restaurateur ou à un ostréiculteur de fonder une nouvelle activité. C’est dire qu’ils ne sont pas au bout de leurs épreuves. Persuadés d’être roulés, quatre d’entre eux montent à Paris dans l’espoir d’infiltrer le siège de Naterris et d’obtenir la preuve que la pollution était délibérée. Autant combattre un Philistin géant avec un lance-pierres.

Pierre Jolivet ne choisit pas les voies du thriller à l’américaine que le sujet semblerait appeler, dans la veine de Sydney Pollack ou de son dauphin Tony Gilroy. Autant combattre un Hollywood géant avec une caméra DV. Au contraire, dès que la mise en scène se fait délibérément spectaculaire, l’intention est parodique, comme lors de ces présentations des personnages, faites lors d’arrêts sur images, et qui au fur et à mesure du film deviennent de plus en plus délirantes. Malgré quelques touches sombres, La Très très grande entreprise est résolument une comédie dont les personnages sont les improbables grains de sable qui peuvent faire dérailler un habile engrenage — le plus improbable de tous étant certainement Vikash Dhorasoo en avocat indien. Le film joue l’individu contre le système, non pas que les quatre héros soient de féroces individualistes ; au contraire, leur union fait leur force ; mais par contre, leurs personnalités ne sont pas assimilables par les règles cyniques et inflexibles sur lesquelles s’est bâtie Naterris. De même que la passion d’un agent de sécurité pour les films policiers met en danger la sécurité de l’immeuble scintillant de l’entreprise, de même le principe fondamental de la P.D.G. de Naterris, à savoir que tout ou tout le monde peut s’acheter, se heurte à un os.

C’est évidemment ce principe qui permet au film de consacrer quelque temps, et les comédiens beaucoup de finesse, au suspense sentimental qui naît dans la fine équipe, de drolatique façon, au cours du voyage aller. Ni lorsqu’il s’agit de politique, ni lorsqu’il s’agit de sentiments, le film ne croit au conte de fées, mais il suggère toutefois que l’action n’est pas une chose vaine.

Venons-en à ce qui fait la qualité essentielle du cinéma de Pierre Jolivet, qu’il s’agisse de films d’aventure en costumes ou de comédies contemporaines, en passant même par ce Fred plombé par une excessive gravité : chaque plan semble inventé voire capturé. C’est vif, c’est frais, les acteurs ont l’air d’inventer le dialogue au fur et à mesure. Evidemment je suis prêt à lancer un couplet lyrique sur Marie Gillain, mais le personnage de Jean-Paul Rouve, parfait de délicatesse en cuisinier homosexuel, me ferait remarquer que les messieurs ne sont pas mal non plus. Je propose de trancher en saluant une galerie de seconds rôles remarquablement dessinés par des acteurs familiers du cinéma de Jolivet. On ne trouvera pas au bout du compte dans La Très très grande entreprise de gags visionnaires, et il n’est pas sûr que le film soit de taille à modifier les opinions politiques de quiconque. Mais on y trouve un humanisme profond et salutaire dans cette façon de croire aux personnages et aux situations.

(1) Il paraît que Philippe Dupont n’a pas aimé le film, je me demande bien pourquoi. (Note du Service Juridique)

Etienne Mahieux


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  • FICHE TECHNIQUE
Pays : France
Durée : 1h42
Date de sortie : 5 novembre 2008
Scénario : Pierre Jolivet, Simon Michaël
Assistant réalisateur : Laure Prévost
Production : Charles Gassot
Décors : Denis Renault
Photographie : Pascal Ridao
Son : Pierre Excoffier
Montage : Yves Deschamps, Charlotte Theillard
Musique : Manu Katché

  • DISTRIBUTION
Zacharias « Zak » Bédaoui-Turpin : Roschdy Zem
Denis Bousquet : Jean-Paul Rouve
Mélanie Lavergne : Marie Gillain
Kevin : Adrien Jolivet
Brigitte Lamarcq : Guilaine Londez
Romolli : Wilfried Romoli
Sophie Dantec : Anne Loiret
Mme de Marthod : Arlette Thomas
Maître Dessax : Nicolas Marié
Boisselier : Eric Prat
Sanjay : Vikash Dhorasoo
Philippe Malzieux : Cyril Couton
Pierre-Jean Boissy d’Anglas : Scali Delpeyrat
La juge : Michelle Goddet
M. Bandauri : Asil Raïs
L’avocat de Naterris : Pierre Jolivet


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Je crois que je l'aime, de Pierre Jolivet * *

Patron d’une grande entreprise de téléphonie mobile, Lucas est un amoureux fragile. Une déception amoureuse et c’est le branle-bas de combat. Une dépression provoquerait irrémédiablement une chute vertigineuse de l’entreprise en Bourse. Aussi, lorsqu’il croise Elsa, artiste céramiste chargée d’exécuter une fresque pour le sol du siège social, Lucas se sent tomber amoureux et tout le monde voit la cata s’approcher à grands pas.

La seule solution pour préserver ses actions et son cœur d’artichaut c’est de s’assurer que cette belle femme ne présente pas un vice caché. Il demande donc à Roland Christin, son chef de la Sécurité, formé chez les barbouzes de Mitterrand, de mener une enquête discrète mais approfondie sur cette nouvelle convoitise.

Il n’y a pas de doute, Je crois que je l’aime est sans conteste mieux réussi que Fred qui, en son temps, avait fait l’objet d’une critique passablement négative de ma part dans les colonnes du Petit spectateur version papier et qui devait marquer le début d’une longue collaboration entre Pierre Jolivet et Vincent Lindon (cinq films en dix ans). Cependant, force est de constater que cette pseudo comédie sentimentale est plutôt mal fichue. La comédie n’est pas franchement drôle et le sentimental est poussif. Dès le début du film (voire dès la file d’attente), on sait ce qui va se passer et quasiment mot pour mot ce qui va se dire.

Les scénaristes (Pierre Jolivet soi-même et son fidèle partenaire Simon Michaël) ne se sont pas appesantis sur la définition des personnages ni sur leur crédibilité. Quelques passages censés être drôles en deviennent ridicules (à l’exemple du diner entre copains). Ce film n’est pas mauvais, non. Pierre Jolivet est capable de bien pire. Il est simplement sans intérêt, malgré Sandrine Bonnaire et François Berléand (autre acteur fétiche de Jolivet). Je crois que je l’aime est de ces films dont on finit par se demander si on les a vus et de quoi ils parlent. Un film qui s’oublie, quoi !

Frédéric Martin


  • BANDE ANNONCE


  • FICHE TECHNIQUE
Pays : France
Durée : 1h30
Date de sortie : 21 février 2007
Scénario : Pierre Jolivet et Simon Michael
Direction de production : François Hamel
Photo : Pascal Ridao (A.F.C.)
Montage : Yves Deschamps
Son : Pierre Excoffier
Scripte : Maggie Perlado
Décors : Emile Ghigo
Costumes : Elisabeth Tavernier
Distributeur : Studio Canal

  • DISTRIBUTION
Elsa : Sandrine Bonnaire
Lucas : Vincent Lindon
Roland : François Berléand
Jeanne Larozière : Liane Foly
Rachid : Kad Merad
Brigitte : Guilaine Londez
Albert : Albert Dray
Francis : Pierre Diot
Lola : Mar Sodupe
Marina : Clémentine Poidatz
Della Ponte : Venantino Venantini
Sumo Yakeshi : Brian Bigg
Boissière : William Boisgerault
Antonia : Silvana Gasparini
Ex femme Lucas : Nancy Tate


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