Le Placard, de Francis Veber * *

Petit employé modèle, gris, triste, sans personnalité, tête de turc de bonne volonté, François Pignon va se faire virer. Manifestement plus chamboulé qu’il n’en a l’air, il s’apprête à se foutre par la fenêtre lorsque son nouveau voisin, un truculent retraité, lui indique le moyen le plus sûr de garder son emploi : se faire passer pour homosexuel. Invirable pour cause de politiquement correct.

Le politiquement correct, donc, en prend une bonne dose dans la gueule avec Le Placard, sans que Francis Veber verse un seul instant dans l’homophobie, tout simplement parce qu’en dernier ressort Le Placard n’est pas du tout un film sur l’homosexualité, et n’est que superficiellement un film sur la mode gay et lesbienne.

Allons droit au fait : si Le Placard est nettement moins plan-plan sur le plan cinématographique que le peu inspiré Dîner de cons, il ne dépasse pas cependant le niveau de la bonne confection permettant aux acteurs de s’exprimer confortablement. Ce n’est déjà pas mal, car les qualités du film sont nettement mises en valeur.

La première tient à l’interprétation. Tout le monde est juste et drôle, et il faut mentionner deux prestations admirables : Daniel Auteuil tout d’abord, irremplaçable lorsqu’il s’agit d’attirer une attention permanente sur un personnage falot, et Michel Aumont, savoureux et profond dans le rôle du mentor.

La seconde tient au scénario. Fin ciseleur de mécaniques comiques, Francis Veber utilise avec métier la mécanique boulevardière au service de quelques retournements de clichés. Tout d’abord le piège que nous voulions lui voir éviter est évité : la mécanique pascalienne qui veut que la foi suive les gestes de la foi n’est pas appliquée. Pignon ne se découvre pas homo en faisant semblant de l’être, et son collègue Santini, qui pète les plombs, révèle un manque tragique d’affection mais certainement pas de tendances profondes. Qu’est-ce que j’aurais eu contre ce genre de rebondissements ? Ils auraient consacré le triomphe du politiquement correct et de l’actuel snobisme gay is beautiful, et la cohérence du film eût été détruite.

Ensuite un cliché qu’il a créé lui-même : celui du personnage con comme la lune jusqu’à la subversion. Désigné comme tel par son patronyme, François Pignon, héritier d’une longue série de personnages vébériens (1), se révèle en fait pas con du tout. Sa stupidité supposée consiste en l’occurrence à se plier sans combattre devant la moindre épreuve. A la fin du film, Pignon apparaît comme une espèce de saint stoïcien, qui humanise cependant son comportement en affirmant un peu plus sa personnalité ; mais il n’accède à une supposée normalité qu’après nous avoir fait mesurer l’envers de la médiocrité. Ce réel intérêt psychologique devrait valoir au Placard un triomphe prolongé.

(1) Quand ils s’appellent François Perrin, c’est déjà moins grave (Note du Spécialiste des Patronymes).

Cet article a paru pour la première fois dans Le Petit spectateur — papier n°91 (Novembre-décembre 2000 / Janvier 2001)

Etienne Mahieux


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  • FICHE TECHNIQUE
Pays : France
Durée : 1h24
Date de sortie : 17 janvier 2001
Scénario : Francis Veber
Assistant réalisateur : Bernard Seitz
Production : Patrice Ledoux, Alain Poiré
Décors : Hugues Tissandier
Photographie : Luciano Tovoli
Son : Bernard Bats
Montage : Georges Klotz
Musique : Vladimir Cosma

  • DISTRIBUTION
François Pignon : Daniel Auteuil
Félix Santini : Gérard Depardieu
Guillaume : Thierry Lhermitte
Mlle Bertrand : Michèle Laroque
M. Bellone : Michel Aumont
Le président Kopel : Jean Rochefort
Christine : Alexandra Vandernoot
Franck Pignon : Stanislas Crevillen
Ariane : Armelle Deutsch
Suzanne : Marianne Groves
Martine : Irina Ninova
Alba : Laurent Gamelon
Ponce : Vincent Moscato
Mme Santini : Michèle Garcia
Moreau : Luq Hamet


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Comment j’ai tué mon père, d'Anne Fontaine * * * *

C’est un film onirique que nous offre Anne Fontaine, avec un sujet plus que mince, le retour du père après 20 ans d’absence « je croyais que tu étais mort » lui dit froidement son fils, Jean-Luc (Charles Berling), et une densité émotionnelle très forte.

Le film tourne autour du personnage central, le père, un Michel Bouquet étrange d’abord, puis de plus en plus attachant. Que vient-il faire à Versailles où une fête est donnée en l’honneur de Jean-Luc, chef de clinique spécialisée en gérontologie, homme « arrivé » avec immense deumeure, parc, piscine et belle femme (Natacha Régnier), chauffeur aussi : son propre frère (Stéphane Guillon) qui s’essaye dans le one-man show. Clown triste accroché à son frère comme à une bouée de sauvetage.

L’arrivée du père, qui après un long séjour en Afrique , revient sans un sou en poche, va semer le trouble dans ce monde bien lisse et bien terne mais sécurisant : Jean-luc gagne beaucoup d’argent . Il a une maitresse (Amira Casar), faute de relation avec sa propre femme qui reçoit parfaitement la bourgeoisie versaillaise. Le frère, un peu raté, se sent protégé. Michel Bouquet arrive sans cravate, signe pour Jean-Luc qu’il est un raté lui aussi. Il lui en offrira une d’ailleurs, un peu plus tard. « Tu as honte de ton père ? » lui demande Bouquet, caustique.

Troublé, Jean-luc l’est à la vue de son père perdu dans la foule, et tandis qu’avec difficulté il continue à débiter un discours convenu, son visage se ferme, et son regard s’aiguise. Il ressemble alors à un serpent prêt à piquer. Mais que craint-il au juste ? Que son père lui demande de l’argent ? Quand, excédé par sa présence chez lui, il lui signe un gros chèque pour s’en débarrasser, le père le déchire. Un retour d’affection ? « un père n’est pas obligé d’aimer son fils » lui lance-t-il, indifférent. Le grain de sable qui enraye la machine, en l’occurrence une vie bien pleine et très vide ? Peut-être… Le film d’Anne Fontaine reste ambigü sur ce point, elle ne va pas au fin fond de la psychologie de ses personnages ; et elle a bien raison. Tout être possède une complexité qu’il serait vain et artificiel de vouloir mettre à plat. Elle garde une certaine distance, qu’on ne peut franchir, comme dans le paradoxe de Zénon d’Elée.

De même que les personnages gardent leur opacité, les regards se font lourds, longs, pesants, interrogatifs. La diction aussi du père est lente. On se sent englué dans un rêve, ou dans un cauchemar. Le fils dit du père : « Quand il se tait, c’est de la glace. Il vous juge tranquillement jusqu’à l’os ». Le père dit à son fils : « Tu n’es qu’un petit bonhomme sec et rétréci ». Ce n’est que vers la fin du film, quand Jean-Luc entrevoit par une fenêtre son père et un ami africain (qui s’avère être lui aussi un grand médecin que Bouquet a pris sous son aile) que la jalousie, la frustration et la violence vont exploser.

Les acteurs sont tous brillants : Charles Berling en bourgeois méprisant et inquiet, Michel Bouquet en révélateur au sens photographique du terme, Natacha Régnier en femme frustrée, avide d’affection et Stéphane Guillon, être fragile et que le père poussera à la révolte.

Reste ce titre, qui pour moi reste un mystère. Mais tuer le père, dans son sens freudien, n’est-il pas une façon de s’affranchir, de tourner la page et d’avancer ?


Françoise Balazard


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  • FICHE TECHNIQUE
Pays : France
Durée : 1h40
Date de sortie : 19 septembre 2001
Réalisation : Anne Fontaine
Ecriture : Jacques Fieschi, Anne Fontaine
Production : Philippe Carcassonne
Montage : Guy Lecorne
Photographie : Jean-Marc Fabre
Musique : Jocelyn Pook
Costumes : Corinne Jorry
Décors : Joël Lavrut
Casting : Stéphane Foenkinos
Maquillage/coiffure : Franck-Pascal Alquinet, Thi Thanh Tu Nguyen, Thi-Loan Nguyen
Chef décoration : Sylvain Chauvelot
Assistant réalisation : Daniel Marchaudon, Laurent Perreau, Thierry Verrier
Son : Nicolas Cantin (assistant), Pascal Chauvin (montage effets sonores), Pascal Dedeye (montage effets sonores), Roman Dymny (assistant monteur), Geoff Foster (enregistrement musique), Dominique Gaborieau (mixeur), Dimitri Haulet (assistant), Jean-Claude Laureux, Patrick Sevérac (post-synchronisation), Francis Wargnier (monteur)
Effets spéciaux : Philippe Teissier

  • DISTRIBUTION
Maurice : Michel Bouquet
Jean-Luc : Charles Berling
Isa : Natacha Régnier
Patrick : Stéphane Guillon
Myriem : Amira Casar
Jean-Toussaint : Hubert Koundé
Laetitia : Karole Rocher
un patient : François Berléand
une patiente : Nicole Evans
la prostituée : Marie Micla
le père d'Isa : Pierre Londiche
le patient âgé : Philippe Lehembre
le manager : Emanuel Booz
le fils de Myriem : Etienne Louvet
Magali : Nathalie Mathis


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Tanguy, de Etienne Chatiliez * * *

Tanguy, brillant sinologue, achève une thèse de doctorat en langues orientales. Il est chargé de cours à l’université, gagne bien sa vie, collectionne les succès féminins. Il a vingt-huit ans. Il habite toujours chez ses parents. Ce qui ne serait rien. Il vit franchement à leurs crochets, se complaît dans des rituels enfantins, et les concepts de vaisselle, de ménage, et autre cuisine, le dépassent manifestement. Quant aux jeunes femmes curieuses d’estampes japonaises, il ne leur enseigne pas la discrétion. Mais ses parents s’en moquent : ils l’adorent. Pour combien de temps ?

Etienne Chatiliez est un cinéaste relativement rare ; six ans déjà s’étaient écoulés depuis Le Bonheur est dans le pré mais s’il prend le temps de la réflexion, c’est pour revenir égal à lui-même : chargé à bloc. Partant d’un sujet « de société », et le faisant remarquer (la question est mise en abyme dans le film lui-même), Etienne Chatiliez pousse la réflexion jusqu’au délire : les parents de Tanguy sont vite prêts à tout pour se débarrasser de leur rejeton, qui accepte la situation, impavide, à coups de proverbes chinois, stoïcisme qui, paradoxalement, ne contribue pas peu à le rendre irrésistiblement antipathique !

Du coup la tension monte avec la drôlerie. Logiquement, Etienne Chatiliez devrait les mener jusqu’au meurtre. Peut-être lui manque-t-il, pour être un grand cinéaste, d’être tout à fait logique, et un peu plus de verve aussi, de la part d’une caméra encore et toujours au service des acteurs, mais pour le meilleur : Sabine Azéma et André Dussollier sont déchaînés avec grand art. Et Tanguy porte vaillamment l’originale (et assez moliéresque) griffe Chatiliez : nous faire rire jusqu’à nous faire peur.

Article publié dans Le Petit spectateur-papier, n°93 (février 2002)
Etienne Mahieux


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  • FICHE TECHNIQUE
Pays : France
Durée : 1h48
Date de sortie : 21 novembre 2001
Réalisation : Etienne Chatiliez
Scénario : Etienne Chatiliez, Laurent Chouchan
D’après une idée de : Yolande Zauberman
Production : Charles Gassot
Assistant réalisateur : Denis Bergonhe
Décors : Stéphane Makedonsky
Photographie : Philippe Welt
Montage : Catherine Renault
Musique : Pascal Andreacchio

  • DISTRIBUTION
Edith Guetz : Sabine Azéma
Paul Guetz : André Dussollier
Tanguy Guetz : Eric Berger
Odile : Hélène Duc
Carole : Aurore Clément
Bruno Lemoine : Jean-Paul Rouve
Le psychiatre : André Wilms
Philippe : Roger van Hool
Noëlle : Nathalie Krebs
Le juge : Jacques Boudet
L’avocat : Philippe Laudenbach
Irène : Christiane Millet
Nora : Bunny Godillot
Delerme : Jean-Pierre Jorris
L’interne : Patrick Bouchitey
Lui-même : Philippe Gildas
Ingrid : Emmanuelle Lepoutre
Une invitée : Dorothée Blank
Elle-même : Ruth Elkrief
Lui-même : Eddy Mitchell
Lui-même : Julien Lepers


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Le Seigneur des anneaux : la communauté de l’anneau, de Peter Jackson * *

Trois anneaux pour les rois Elfes sous le Ciel.
Sept pour les Seigneurs Nains dans leurs demeures de pierre.
Neuf pour les Hommes mortels voués au trépas.
Un pour le Seigneur des ténèbres sur son sombre trône,
Dans le pays de Mordor où s’étendent les ombres.
Un anneau pour les gouverner tous. Un anneau pour les trouver.
Un anneau pour les amener tous et dans les ténèbres les lier…

L’anneau du Seigneur des ténèbres, vaincu par les Hommes et les Elfes, s’est perdu au lieu d’être détruit. Or le Seigneur survit à travers son anneau, qui fait partie intégrante de lui. L’Anneau de Pouvoir a une volonté propre. Il rend puissant son porteur, mais le ronge et le porte vers le mal. Hommes, Elfes et Nains doivent le retrouver et le détruire, avant que l’emprise du Seigneur des Ténèbres ne s’étende à nouveau sur le monde…
Or l’anneau, chose imprévisible, est tombé entre les mains d’une race négligée, la moins ambitieuse de toute la Terre, pour laquelle le bonheur consiste à vivre caché, dans une région verdoyante (la Comté), à faire six repas par jour et à fumer la pipe. Une race d’êtres petits, poilus, casaniers et trouillards, et par conséquent très résistants au pouvoir de l’Anneau : les Hobbits. Un quatuor de jeunes gaillards qui n’avaient jamais quitté leur village va donc laisser derrière lui la Comté et traverser, pour détruire l’anneau, les forêts, les montagnes et les déserts de la Terre du Milieu…

Ce résumé est un peu long, je vous en demande pardon. C’est que, désormais bien connue en France, mais sous-estimée encore du point de vue littéraire, la gigantesque épopée de J.R.R. Tolkien est une des œuvres les plus riches et les plus admirables du siècle dernier. Absolument. Et le projet de Peter Jackson d’adapter la totalité du Seigneur des anneaux en une trilogie dont La Communauté de l’anneau est le premier volet (la suite à Noël 2002 et Noël 2003) a le double mérite de réjouir Olivier Boraz, et de témoigner que le cinéaste néo-zélandais a manifestement fondu un plomb.

Du coup, nous avons eu droit, pour les fêtes de fin d’année, à un grand match Harry Potter / Seigneur des anneaux, avec dans les deux cas la Warner derrière (en l’occurrence via sa filiale New Line d’acquisition récente). Si littérairement il n’y a pas photo, cinématographiquement ça se discute. Le film de Peter Jackson est bien entendu d’une autre trempe que celui de Chris Columbus (à la mesure de la différence générale de niveau entre l’auteur de Maman, j’ai raté l’avion et celui de Créatures célestes), mais il n’est pas exempt de défauts, dont le moindre n’est pas un certain pompiérisme.

Tolkien fait de la littérature bien de son époque, post-moderne si l’on veut ; il est conscient d’un certain nombre de modèles, et travaille sur un fonds mythique qu’il n’a pas inventé, et qui pour lui relève de la culture, et lui est en quelque sorte extérieur. Son génie est de tout refonder, de parvenir à faire croire à son lecteur que tout est nouveau, tout d’abord en inventant un monde romanesque d’une complexité jamais égalée (avec cartes, langues, comput historique s’étendant sur dix mille ans), ensuite (et surtout) en faisant œuvre de grand styliste, voire de poète, ménageant une douce transition entre l’humour tout britannique qui accompagne la description du monde des Hobbits (eux-mêmes satire évidente de l’Anglais moyen), et la ferveur épique de la fin. Peter Jackson n’a cure de ces nuances, commence fortissimo (dévoilant ainsi trop tôt le visage du Mal, regrettable erreur dramaturgique), et continue de même, se pliant aux exigences du cinéma d’action contemporain (pas le temps de respirer). Il en résulte ce rythme égal qui a le mérite de plaire un peu dans toutes les régions du monde, mais qui a du mal à susciter notre enthousiasme. Il y a eu toutefois bien pire, et il serait méchant d’écraser le cinéaste sous l’ombre de l’écrivain. On pourrait rêver, paradoxalement, d’un Seigneur des anneaux moins spectaculaire, dont les couleurs seraient moins ostensiblement travaillées, le folklore moins souligné… l’imagination de Tolkien n’a nul besoin d’être appuyée, tellement elle est puissante, et le vrai travail du cinéaste devrait être de souligner la valeur humaine de l’œuvre originale… Peter Jackson y parvient toutefois par moments, notamment en s’appuyant sur ses acteurs. Il était délicat de donner vie à des personnages parfois mythiques pour le lecteur ; Elijah Wood et ses camarades ont toute la candide fragilité des Hobbits ; Orlando Bloom, Liv Tyler et Cate Blanchett toute la divine mélancolie des Elfes, ces êtres supérieurs dont la supériorité consiste à savoir qu’ils ont fait leur temps et doivent s’effacer (à méditer…). Grâce à eux, on attend avec fidélité la seconde partie, pour dans un an…

Article paru dans le numéro 93 du Petit Spectateur – papier (février 2002)

Etienne Mahieux

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  • FICHE TECHNIQUE
Pays : Etats-Unis / Nouvelle Zélande
Titre original : The Lord of the rings : The Fellowship of the ring
Durée : 2h58
Date de sortie : 19 Décembre 2001
Scénario : Peter Jackson, Fran Walsh, Philippa Boyens
D’après le roman de : John Ronald Reuel Tolkien
Première assistante : Carolynne Cunningham
Production : Peter Jackson, Barrie M. Osborne, Tim Sanders, Fran Walsh, Bob Weinstein, Harvey Weinstein
Direction artistique : Grant Major, Alan Lee
Photographie : Andrew Lesnie
Son : David Farmer
Montage : John Gilbert
Effets visuels : Jim Rygiel
Musique : Howard Shore

  • DISTRIBUTION
Samsagace Gabegie : Sean Astin
Sauron : Sala Baker
Boromir : Sean Bean
Galadriel : Cate Blanchett
Legolas : Orlando Bloom
Peregrïn Touque : Billy Boyd
Bilbon Sacquet : Ian Holm
Saroumane : Christopher Lee
Gandalf : Ian McKellen
Meriadoc Brandebouc : Dominic Monaghan
Aragorn : Viggo Mortensen
Gimli : John Rhys-Davies
Gollum : Andy Serkis
Arwen : Liv Tyler
Elrond : Hugo Weaving
Frodon Sacquet : Elijah Wood
Albert Dreary : Peter Jackson
L’ancien Roi : Alan Lee


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Harry Potter à l’école des sorciers, de Chris Columbus * *

Si Dickens n’existait pas, Harry Potter l’aurait suscité : ce malheureux orphelin recueilli par un oncle et une tante particulièrement bouchés loge dans le placard sous l’escalier. Il faut dire que le petit insolent n’est pas sans susciter quelques phénomènes bizarres : la vitre ayant soudainement disparu, un boa s’échappe ainsi du zoo. Puis, sans que ses tuteurs l’aient sollicité le moins du monde, le jeune garçon est accepté dans une des écoles les plus prestigieuses et les plus select du Royaume-Uni : Poudlard, l’école des sorciers…

La série de romans pour la jeunesse de Joanne K. Rowling a désormais fait le tour du monde, et il faut être le dernier des moldus pour l’ignorer (1). C’est logiquement que la Warner s’est emparée du phénomène pour tâcher (avec succès) de casser la baraque pour les fêtes. Réalisé sous le contrôle strict de la romancière par un cinéaste (Chris Columbus, immortel auteur de Madame Doubtfire) qui n’a pas inventé le fil à couper le beurre (ça se saurait), Harry Potter à l’école des sorciers vaut surtout, logiquement, par sa fidélité pieuse à l’univers du roman, qui recycle avec habileté une bonne partie du folklore européen (des gobelins aux cyclopes), et par l’interprétation savoureuse de la crème des acteurs anglais (John Hurt… Ian Hart… Maggie Smith…). L’ensemble constitue un divertissement très honorable en période de fêtes.

(1) Vous ne savez pas ce qu’est un Moldu. Ca tombe bien. Lisez Harry Potter et vous le saurez. (Note du service Librairie).

Etienne Mahieux


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  • FICHE TECHNIQUE
Sortie en France : 5 décembre 2001
Titre original : Harry Potter and the Sorcerer’s Stone
Pays : Etats-Unis
Durée : 2h32
Scénario : Steven Kloves
D’après le roman de : Joanne Kathleen Rowling
Assistant réalisateur : Chris Carreras
Production : David Heyman, Tanya Seghatchian, Chris Columbus
Décors : Stuart Craig
Photographie : John Seale
Montage : Richard Francis-Bruce
Effets visuels : Nick Davis
Musique : John Williams

  • DISTRIBUTION
Harry Potter : Daniel Radcliffe
Ron Weasley : Rupert Grint
Hermione Granger : Emma Watson
Neville Londubat : Matthew Lewis
Drago Malefoy : Tom Felton
Fred Weasley : James Phelps
George Weasley : Oliver Phelps
Nick Quasi-sans-tête : John Cleese
Rubeus Hagrid : Robbie Coltrane
Prof. Filius Flitwick / Un gobelin : Warwick Davis
Vernon Dursley : Richard Griffiths
Prof. Albus Dumbledore : Richard Harris
Prof. Quirrell : Ian Hart
Mr. Ollivander : John Hurt
Prof. Severus Rogue : Alan Rickman
Petunia Dursley : Fiona Shaw
Prof. Minerva McGonagall : Maggie Smith
Molly Weasley : Julie Walters
Lily Potter : Geraldine Somerville
Un gobelin : Verne Troyer
Ginny Weasley : Bonnie Wright


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A.I. (Intelligence Artificelle), de Steven Spielberg * * * *

Dans un futur pas trop éloigné, la robotique aura fait des progrès substantiels ; au point qu’auront été mis au point une nouvelle génération d’androïdes, les « mécas », capables de produire l’illusion complète de l’humanité, et programmés pour éprouver des sentiments. C’est ainsi que, vivant dans le souvenir d’un fils qui survit sous la forme d’un légume, Monica et Henry Swinton font l’acquisition du dernier modèle : David, un robot qui, sous l’apparence d’un enfant de onze ans, est conçu pour manifester un amour filial absolu.

A.I. était un projet de Stanley Kubrick, qu’il avait demandé à Spielberg de réaliser à sa place, le sentant plus proche de l’univers de l’auteur d’E.T. que du sien propre, malgré la parenté évidente du sujet avec celui de 2001. Le but était évidemment que le film sorte en 2001…

Dans la première partie du film, qui est celle où l’influence de Kubrick se fait le plus sentir (jeux de cadre très subtils, univers aseptisé), Spielberg donne une grande leçon de cinéma. C’est absolument impeccable d’intelligence, et surtout l’auteur du Soldat Ryan a eu une idée géniale qui n’appartient véritablement qu’à lui (Kubrick pensait recourir aux images de synthèse) : les robots sont joués par des acteurs. Leur présence ne saurait être plus troublante. Dans le rôle central, Haley Joel Osment (le petit garçon du Sixième sens) est sensationnel, Spielberg utilisant avec beaucoup d’intelligence sa raideur naturelle et son intelligence manifeste.

Est-ce à dire que Spielberg (c’est parfois son péché) finit son film en queue de poisson ? Certainement pas. La deuxième partie d’A.I. utilise en effet l’esthétique qu’Hollywood a plaquée sur les contes de fées, les références principales étant Pinocchio (évidemment) et Le Magicien d’Oz. Le résultat est évidemment un peu sucré, mais cette sucrerie est perturbée par deux choses. Tout d’abord la séquence de la « foire à la chair », un pogrom organisé par des humains extrémistes qui font la chasse aux mécas pour les détruire dans des raffinements d’invention : le vent froid de la Shoah, qui hante les films de Spielberg depuis bien avant Schindler, souffle une nouvelle fois. Ensuite l’épilogue, toujours aussi sentimental d’apparence, mais secrètement terrible, désespéré. C’est que cette esthétique pseudo-guimauve est le masque derrière lequel Spielberg réalise son film le plus dur, le plus morbide : et l’un de ses plus personnels, bien qu’il n’ait fait au départ qu’hériter du projet. Le public américain, qui a relativement boudé A.I., n’a probablement pas avalé la pilule. A nous de reconnaître là une nouvelle marque du talent exceptionnel de Steven Spielberg.

Article publié dans Le Petit spectateur-papier, n°93 (février 2002)


Etienne Mahieux

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  • FICHE TECHNIQUE
Titre original : Artificial Intelligence : AI
Pays : Etats-Unis
Durée : 2h26
Date de sortie : 24 Octobre 2001
Scénario : Steven Spielberg, Ian Watson
D’après : la nouvelle Supertoys last all summer long de Brian Aldiss
Et un projet de : Stanley Kubrick
Production : Bonnie Curtis, Kathleen Kennedy, Steven Spielberg, Jan Harlan
Assistant réalisateur : Sergio Mimica-Gezzan
Décors : Rick Carter
Photographie : Janusz Kaminski
Son : Gary Rydstrom
Montage : Michael Kahn
Supervision des effets visuels : Scott Farrar, Dennis Muren
Musique : John Williams
Chanson : Max Brody, Deborah Coon

  • DISTRIBUTION
David : Haley Joel Osment
Monica Swinton : Frances O’Connor
Henry Swinton : Sam Robards
Gigolo Joe : Jude Law
Professeur Hobby : William Hurt
Lord Johnson-Johnson : Brendan Gleeson
La nounou : Clara Bellar
Voix du docteur Know : Robin Williams
Voix du Spécialiste : Ben Kingsley
Voix de Méca Bleu : Meryl Streep
Voix du Comique : Chris Rock


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Belphégor, le fantôme du Louvre, de Jean-Paul Salomé *

Egypte, 1935. Alors, pour commencer, il faudrait interdire aux cinéastes de commencer leur film dans l’Egypte du début du siècle dernier. Egypte, 1935 (dis-je). Un égyptologue français moustachu découvre une tombe inviolée, et embarque la momie du propriétaire sur un cargo, direction le Louvre. Un seul survivant.

Le Louvre, 2000. On retrouve la momie en déménageant des salles, et comme elle est très très bizarre, on fait appel à une consoeur du British Museum pour lui tirer le portrait. Seulement voilà : d’étranges phénomènes commencent à se produire dans le plus grand musée du monde de France.

Vos salles de cinéma, 2001. Inspiré du roman d’Arthur Bernède, et plus directement du fameux feuilleton de Claude Barma qui fit hurler de terreur la France entière du temps qu’il n’y avait qu’une seule chaîne de télévision, Belphégor de Jean-Paul Salomé se prépare à hanter le box-office. Malheureusement, il cumule de nombreux handicaps. Le moins grave (quoique) : une bande-son à coller la migraine au scribe accroupi. Boum boum boum boum boum ouin ouin ouin ouin ouin ziang ziang ziang ziang ziang pendant près de cent minutes, il y a des résistants qui ont fini par parler pour moins que ça.

Le plus dommage sur le plan artistique : une mise en scène qui promettait d’être élégante ; seulement voilà : Jean-Paul Salomé a coupé le début et la fin de chaque plan, et fait ses panoramiques beaucoup trop vite. Les acteurs ne regardent pas ce qu’ils voient, et du coup nous non plus. La légendaire rapidité des films de Hawks ou de Lubitsch était une affaire d’économie de moyens, et non pas de course contre la montre. Salomé n’a pas compris ça. Le plus consternant sur le plan feuilletonnesque : le fantôme est, dès le début, un fait acquis. Il y a un fantôme, pas de doute, il a une jolie petite gueule numérique, il a pris possession de Sophie Marceau. Zéro mystère, zéro doute, rien qui nous fasse vaciller sur notre chaise, sinon quelques éclats de génie chez les meilleurs des acteurs ; s’il fallait choisir, nous vanterions Julie Christie coincée dans l’ascenseur, et chantant une berceuse pour se donner du cœur au ventre.

Cet article a paru pour la première fois dans Le Petit spectateur — papier n°92 (février-mars 2001).


Etienne Mahieux

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  • FICHE TECHNIQUE
Pays : France
Durée : 1h37
Date de sortie : 4 avril 2001
Scénario : Jean-Paul Salomé, Jérôme Tonnerre, Danièle Thompson
D’après le roman de : Arthur Bernède
Assistant réalisateur : Guy Nicolas
Production : Alain Sarde
Décors : Michèle Abbé-Vannier
Photographie : Jean-François Robin
Son : Laurent Poirier, Gérard Lamps, Jérôme Thiault, Jean-Pierre Duret
Montage : Sylvie Landra
Effets visuels : Jérémie Leroux
Musique : Bruno Coulais

  • DISTRIBUTION
Lisa : Sophie Marceau
Martin : Frédéric Diefenthal
Inspecteur Verlac : Michel Serrault
Glenda Spender : Julie Christie
Bertrand Faussier : Jean-François Balmer
Simonnet : Lionel Abelanski
Suzanne Dupré : Françoise Lépine
Gardien-chef Mangin : François Levantal
Félix : Jacques Martial
Médecin militaire : Christian Hecq
Geneviève : Patachou
Fantôme du Père-Lachaise : Juliette Gréco


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Les Morsures de l’aube, de Antoine de Caunes * * *

Depuis que sa petite amie l’a définitivement largué en gardant l’appartement, Antoine mène une drôle de vie aux horaires décalés ; le jour, il dort sur un transat dans un club de relaxation ; la nuit, il court de boîte en boîte aux crochets de divers individus, et sous l’œil haineux des videurs. S’étant un jour incrusté dans une fête particulièrement privée, il n’en ressort que pourvu d’une mission : approcher un dénommé Jordan, un « seigneur de la nuit » dont la seule présence suffit à « lancer » un endroit, et le ramener au maître des lieux. Il y a des jours où on devrait rester sur son transat.

Les Morsures de l’aube ont une qualité première, même si elle est loin d’être isolée, c’est de nous venger de Jet-set, en appliquant à un milieu comparable, mais montré ici non pas isolé dans son bocal mais en liaison avec des zones peu recommandables, une métaphore particulièrement délectable : Antoine, parasite professionnel, se retrouve en fait à la chasse aux vampires. C’est très bienvenu, même si c’est un aspect tout à fait mineur du premier film d’Antoine de Caunes.

Le véritable propos de celui-ci est en effet de s’inscrire dans une renaissance du cinéma français « de genre », qui rencontre un certain succès public, du Pacte des loups à Belphégor en passant par Le Placard, et à laquelle on peut même rattacher quelques semi-ovnis du genre de Harry de Dominik Moll. Bref, un cinéma qui annonce la couleur, et dont le supplément d’âme proviendrait éventuellement de son style, ou de la contrebande recelée par le scénario.

Justement, Les Morsures de l’aube constituent un travail parfaitement soigné, voire un peu trop : la folie reste de bonne compagnie. Mais Antoine de Caunes parvient à s’en tenir du début à la fin à un certain ton, qui est fait de polar pour rire (on est dans la mouvance rigolarde des écrivains de la génération du cinéaste : Tonino Benacquista très précisément, mais on pourrait citer Daniel Pennac), et de noirceur pour de bon (mêmes références). L’atmosphère du film est très cohérente, entre une nuit stylisée de bout en bout par la photo de Pierre Aïm, et un jour presque irréel, voire pictural (influence de David Hockney dans les séquences au bord de la piscine !). C’est parfois un peu trop (cf. l’inévitable quoique ici bien amenée référence à Matrix, qui semble indépassable lorsqu’on veut affirmer une double ambition artistique et commerciale), mais on peut dire qu’Antoine de Caunes a trouvé un véritable style. Les acteurs « assurent » généreusement et sans cabotinage ; on peut juste regretter qu’Asia Argento soit plus ici une icône qu’une actrice. Sans être totalement mordus, on peut se laisser aller jusqu’à l’aube au charme du film.

Cet article a paru pour la première fois dans Le Petit Spectateur – papier n°92 (février-mars 2001)

Etienne Mahieux


  • BANDE ANNONCE



  • FICHE TECHNIQUE
Pays : France
Durée : 1h35
Date de sortie : 21 mars 2001
Scénario : Tonino Benacquista, Laurent Chalumeau
Assistant réalisateur : Delphine Bonnemason
Production : Patrick Godeau, Richard Grandpierre
Décors : François Emmanuelli
Photographie : Pierre Aïm
Son : Dominique Levert, Jérôme Wiciak
Montage : Joële Van Effenterre
Effets visuels : Fabien Girodot

  • DISTRIBUTION
Antoine : Guillaume Canet
Etienne : Gérard Lanvin
Violaine Charlier : Asia Argento
Dogman : Gilbert Melki
Caniveau : José Garcia
Abraham von Bülow : Jean-Marie Winling
Dogwoman : Corinne Debonnière
Homme de main : Emile Abossolo M’Bo
Brigitte : Margot Abascal
Jean-Marc: Patrick Mercado
Fou dangereux : Jo Prestia
Myriam : Cylia Malki
People : Vincent Perez
Loufiat : Tonino Benacquista


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Mademoiselle, de Philippe Lioret * * *

Claire est représentante en pharmacie. Le congrès du laboratoire pour lequel elle travaille se clôt par une petite fête animée par un trio de comédiens improvisateurs. A la suite d’un quiproquo, Claire rate, le lendemain matin, le car qui devait l’emmener à Lyon prendre le train de Toulouse, et se fait aimablement secourir par les saltimbanques. Et Claire se retrouve donc sur la route de Lyon dans une Bentley rhumatisante. Sur son épaule ronfle l’un des comédiens, Pierre, qui va changer sa vie…

Avec ce troisième film, Philippe Lioret (Tenue correcte exigée) confirme son goût pour la comédie, et réussit un film charmant et savoureux. Au bout du compte, ils sont peu nombreux, les films qui parviennent à vous faire rire sans arrière-pensée dans la saumure, puis à vous pincer le cœur juste ce qu’il faut, voire à mélanger les deux tons (notamment avec le personnage de Claire Laroche). L’émotion prodiguée par Mademoiselle est tout à la fois ténue et violente, ce qui ravit en moi le tchékhovien fanatique.

Lioret bâtit autour de ses acteurs une mise en scène assez fine, basée sur l’alternance (nuancée) de plans moyens, cadre idéal au mouvement du comédien, et de plans rapprochés et gros, nécessaires à l’intimité ; selon qu’il fait coïncider ou qu’il oppose espace du décor et espace du cadre, il crée des effets bienvenues d’enfermement, ou au contraire exalte un sentiment de liberté. Finaud donc, dans un cadre classique. Quant à Sandrine Bonnaire (lumineuse) et à Jacques Gamblin (chaud), ils sont les idéaux protagonistes de cette petite histoire, dont le but n’est « que » de croquer quelques sentiments justes. Encore fallait-il y parvenir.

Cet article est paru pour la première fois dans Le Petit spectateur – papier n° 92 (février-mars 2001).

Etienne Mahieux

  • FICHE TECHNIQUE
Pays : France
Durée : 1h25
Date de sortie : 21 mars 2001
Scénario : Emmanuel Courcol, Philippe Lioret, Christian Sinniger
Assistant réalisateur : Olivier Coutard
Production : Patrick Godeau
Décors : Denis Renault
Photographie : Bertrand Chatry
Son : Jean-Marie Blondel
Montage : Mireille Leroy
Musique : Philippe Sarde

  • DISTRIBUTION
Claire Canselier : Sandrine Bonnaire
Pierre Cassini : Jacques Gamblin
Alice Cohen : Isabelle Candelier
Karim Coutard : Zinedine Soualem
Jacques Frémont : Jacques Boudet
Nounours : Patrick Mercado
La mère de la mariée : Maryvonne Schiltz
Henri Blasco : Gérard Lartigau
Villeval : Olivier Cruveiller
Louise : Olga Grumberg
Le chauffeur : Christian Sinniger
La réceptionniste du Campanile : Claire Laroche


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Traffic, de Steven Soderbergh * * *

Les statistiques sur la consommation de drogues, d’autant plus impressionnantes qu’elles comptabilisent parfois les rebelles antisociaux dans le genre de Raymond Barre, qui ont fumé deux ou trois joints en soixante-quinze ans, montrent bien que malgré les progrès des brigades antistupéfiants, les narcodollars ont de beaux jours devant eux. Inspiré d’une série télévisée britannique, Traffic détaille le circuit de la drogue aux Etats-Unis, et c’est édifiant. Le film de Steven Soderbergh fait s’entrecroiser une poignée de personnages dont les parcours couvrent l’ensemble du spectre du trafic, du producteur au consommateur, via le douanier.

On sait que Steven Soderbergh a fait l’événement en devenant, en 1988, le plus jeune récipiendaire de la Palme d’Or avec Sexe, mensonges et vidéo. Après quelques essais très personnels et très mal accueillis, il s’est ouvert une seconde carrière en devenant le très subtil couturier d’acteurs charismatiques. Et avec Traffic, qui vient de lui valoir, de façon non usurpée, l’Oscar du meilleur réalisateur, il refile à Hollywood une contrebande assez étonnante.

Il y a au cœur de Traffic une sorte de film dans le film, assez peu original, où Michael Douglas joue le rôle de Michael Douglas. Scénarisé « classiquement » (le parcours initiatique d’un personnage qui remplira sa mission en renonçant à ses préjugés), il est le seul élément véritablement apte à rassurer le spectateur. Si le personnage de Catherine Zeta-Jones est encore rattachable à une narration traditionnelle (c’est normal, l’actrice est la femme de Michael Douglas, et il ne faut pas fâcher la vedette), son parcours est déjà nettement plus inquiétant pour les valeurs occidentales ; quant au reste du film, soit une bonne heure et quart sur les deux heures et demie, c’est de l’acide, et du grave, si l’on veut bien me passer le jeu de mots vaseux.

Non content d’entremêler ses histoires, Steven Soderbergh installe d’autres cloisonnements dans le film. Les filtres de couleur (oui, Fred, je sais, c’est LE truc dont tu ne veux pas que je parle (1), mais que veux-tu, si tu veux apprendre à les repérer, va voir Traffic) définissent, non pas les histoires entrecroisées, mais les lieux de l’action, sachant que les personnages sont amenés à se déplacer de l’un à l’autre. Péché mignon de Soderbergh, très efficaces pour installer une ambiance, ils font ici l’objet de tout un éventail d’utilisations, de la légère teinte à une saturation quasi-complète d’une image qui devient peu lisible. Entre maîtrise chic et documentaire, entre anglais et espagnol, entre trip du drogué et caméra de surveillance, Traffic donne l’impression d’une mise en scène devenue folle (et donc d’un monde devenu cinglé), dans laquelle le cinéaste feindrait de mettre un peu d’ordre. Ca perturbe.

(1) C’est LE truc dont je t’ai dit que je ne voulais pas que tu parles (parce que ça m’énerve !)… mais c’est loin d’être le seul dans l’absolu (Note de Fred qui aimerait bien qu’on respecte sa divinité de temps en temps, merci.)

Cet article a paru pour la première fois dans Le Petit spectateur – papier n°92 (février-mars 2001)

Etienne Mahieux

  • BANDE ANNONCE


  • FICHE TECHNIQUE
Pays : Etats-Unis
Durée : 2h27
Date de sortie : 7 mars 2001
Scénario : Stephen Gaghan
D’après la série télévisée de : Simon Moore
Assistant réalisateur : Gregory Jacobs
Production : Laura Bickford, Marshall Herskovitz, Mike Newell, Richard Solomon, Edward Zwick
Décors : Philip Messina
Photographie : Peter Andrews (aka Steven Soderbergh)
Montage : Stephen Mirrione
Musique : Cliff Andrews

  • DISTRIBUTION
Carlos Ayala : Steven Bauer
Général Ralph Landry : James Brolin
Montel Gordon : Don Cheadle
Caroline Wakefield : Erika Christensen
Javier Rodriguez : Benicio del Toro
Robert Wakefield : Michael Douglas
Le directeur de cabinet du président : Albert Finney
Seth Abrams : Topher Grace
Ray Castro : Luis Guzman
Rosario : Salma Hayek
Barbara Wakefield : Amy Irving
Général Arturo Salazar : Tomas Milian
Jeff Sheridan : D.W. Moffett
Un agent : Enrique Murciano
Arnie Metzger : Dennis Quaid
Manolo Sanchez : Jacob Vargas
Helena Ayala : Catherine Zeta-Jones


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La vérité si je mens ! 2, de Thomas Gilou *

Quelques années plus tard, le Sentier va bon train. Ou presque. La vérité, aujourd’hui, avec les petits détaillants indépendants, t’as ouallou. Il faut chercher dans l’Internet, ou dans la grande distribe. Mais c’est pas vraiment ça que raconte le film. C’en est la trame, mais la satire du capitalisme est un peu courte. Le sujet, plus encore que pour la première mouture, c’est la tchatche, et ses corollaires inévitables, le mensonge, voire la mythomanie. Quant à la communauté juive… Disons que nos sympathiques pieds-noirs portent une kippa de temps en temps, mais l’élément n’a plus grand-chose de déterminant.

Le problème, c’est que le mensonge est le ressort le plus éminemment traditionnel du vaudeville bien français. Tout le monde ment ici à un moment ou à un autre, sauf les femmes, reléguées du coup au rang de comparses. Parfois, c’est lamentable ; d’autres fois, c’est ad majorem gloriam dei, si je puis me permettre le latin faute de savoir l’hébreu. La vérité, qui veut la fin… Et donc, le film n’échappe aux rebondissement les plus convenus que grâce à l’épaisseur à laquelle les acteurs parviennent parfois. Il n’en reste pas moins que, venant après Le Placard, le film ne peut que décevoir par son absence d’ambition.

D’ambition artistique, évidemment. Sinon, Thomas Gilou s’accommode très bien du fait que son budget ait quadruplé. Il accompagne ses personnages, désormais très « nouveau riche », dans les appartements les plus spacieux, les restaurants les plus salés, Deauville, Saint-Tropez, et tout le tralala. La photo est toujours aussi impitoyable avec leur mauvais goût, et du coup avec nos nerfs optiques (dans le genre kitsch, on est loin des folies du jeune Almodovar.) Et Gilou parvient de temps en temps à se sortir du champ-contrechamp mécanique qui menaçait le spectateur du premier volet de s’assoupir de façon anticipée. Comble du pas-chicos rigolard : un générique qui parodie ceux des James Bond, avec un peu de mal à tenir la distance (mine de rien, Maurice Binder…).

Donc, la vérité, c’est plus rigolo que le premier, mais quant à la substance, macache bono bézef.

Cet article a paru pour la première fois dans Le Petit spectateur – papier n°92 (février-mars 2001)

Etienne Mahieux


  • BANDE ANNONCE


  • FICHE TECHNIQUE
Pays : France
Durée : 1h45
Date de sortie : 7 févrir 2001
Scénario : Gérard Bitton, Michel Munz
Assistant réalisateur : Alain Olivieri
Production : Aïssa Djabri, Farid Lahouassa, Manuel Munz
Décors : Olivier Raoux
Photographie : Robert Alazraki
Son : Frédéric Ullmann
Montage : Nicole Saunier
Musique : DJ Abdel, Hervé Rakotofiringa

  • DISTRIBUTION
Edouard « Eddie » Vuibert : Richard Anconina
Serge Benamou : José Garcia
Yvan : Bruno Solo
Dov Mimran : Gad Elmaleh
Patrick Abitbol : Gilbert Melki
Vierhouten : Daniel Prévost
Chochana Boutboul : Elisa Tovati
Sandra Vuibert : Amira Casar
Karin Abitbol : Aure Atika
Maurice Boutboul : Enrico Macias
Suzie Boutboul : Nicole Calfan
Miro : Isaac Sharry
Le rabbin : Victor Haïm
Muriel : Sabrina van Tassel
L’avocat : Christian Bujeau
Mme Vierhouten : Marie-Christine Adam


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La Chambre des magiciennes, de Claude Miller * * * *

Etudiante attardée et mal dans sa peau, Claire Weygand souffre de migraines chroniques et de la condescendance des neurologues. Ses parents sentent le ranci, elle est la providence de sa petite sœur, et a pour amant son directeur de recherches, qui est marié au-delà du raisonnable. A la fin, épuisée, Claire se fait admettre en clinique. Elle y tombe évidemment sur plus mal loti qu’elle ; mais surtout une inquiétude diffuse émane du respectable établissement…

La Chambre des magiciennes est la contribution de Claude Miller à la série de téléfilms diffusés par Arte, produits par Jacques Fansten, et intitulés Petites caméras car tournés en vidéo haute définition, avec un matériel ultra léger. Comme Nationale 7 de Jean-Pierre Sinapi et Les Yeux fermés d’Olivier Py, le film de Miller a fini par aboutir dans votre salle préférée (sinon, changez de salle préférée).

L’intérêt principal des nouvelles caméras haute définition, c’est qu’un plan peut se préparer en trois minutes — et non plus en trois heures — et que la caméra peut se faufiler absolument n’importe où. D’où réduction possible des durées de tournage, donc des budgets, mais aussi possibilité d’accumuler beaucoup de matériel pour le montage. Claude Miller a travaillé dans ces deux directions, sans abandonner le plan fixe sous prétexte qu’il n’avait plus besoin de machinistes.

Déjà La Classe de neige témoignait d’une tendance fantastique, ici mieux maîtrisée : l’inquiétude, puis l’angoisse, naissent principalement de l’ambiance claustrophobique de la chambre que Claire partage avec la pétulante hémiplégique Odette et l’imprévisible septuagénaire Eléonore, ainsi que de l’utilisation, en guise de refrain, des documents ethnologiques sur lesquels travaille Claire. Claude Miller crée un petit monde, magique d’une magie noire, dans un style expressionniste et percutant. A travers le personnage de Jacques Mauclair, qui cite soudain saint Paul, le film menace de tourner à l’apologue rempli de bons sentiments ; mais cette irruption de la morale dans une histoire jusque là rebelle à toute axiologie n’est peut-être qu’une étrangeté de plus, tant il est vrai que dans La Chambre des magiciennes le vaudou prime sur la théologie.

Ajoutons qu’un film avec Anne Brochet est un bien rare ; notre comédienne chérie est ici dans un emploi qu’elle a déjà fréquenté dans Tous les matins du monde : elle est inimitable dès lors que son personnage est patraque. Elle a trouvé ici, en la personne de la méconnue Annie Noël, une partenaire de choc ; les deux actrices vont très, très loin, et contribuent à faire de cette inattendue Chambre des magiciennes le meilleur film de Claude Miller depuis...

Cet article a paru pour la première fois dans Le Petit spectateur – papier n°92 (février-mars 2001)

Etienne Mahieux

  • FICHE TECHNIQUE
Pays : France
Durée : 1h23
Date de sortie : 28 février 2001
Scénario : Claude Miller
D’après le chapitre 3 du roman Les Yeux bandés de : Siri Hustvedt
Assistant réalisateur : Hervé Ruet
Production : Pierre Chevallier, Jacques Fansten, Annie Miller
Décors : Boris Piot
Photographie : Philippe Welt
Son : Pascal Armant
Montage : Véronique Lange

  • DISTRIBUTION
Claire Weygand : Anne Brochet
Odette : Mathilde Seigner
Eléonore : Annie Noël
Le docteur Olivier Fish : Yves Jacques
Simon Lachaume : Edouard Baer
Mme Weygand : Edith Scob
Jean-Michel : Jacques Mauclair
Julien : Julien Boivent
Médecin doué en psychologie : Philippe Laudenbach
SDF doté de l’esprit d’entreprise : Yves Verhoeven


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Hannibal, de Ridley Scott *

Evadé en 1991 à la fin du Silence des agneaux de Jonathan Demme, le docteur Hannibal Lecter, dit le Cannibale, le serial-killer le plus dégueu, le plus dangereux et le plus raffiné des Etats-Unis, est parvenu dix ans à se contenir, avant le début de la première séance du film qui porte son nom. L’agent Clarice Starling (qui, mécontente de ressembler à Jodie Foster, s’est fait la tête de Julianne Moore), mal vue de ses supérieurs à la suite d’une bavure plus ou moins provoquée, est chargée de lui mettre la main dessus suite à des renseignements nouveaux dus à un certain Mason Verger, la seule victime de Hannibal à avoir suvécu. Pendant ce temps, ledit Hannibal, protégé par un pseudonyme qui ne le dispense pas de ressembler à ses photos, postule pour une poste de conservateur à Florence, Italie, cité des arts et des petits cafés sur les places ombreuses.

Ridley Scott, revenu à la suite du succès de Gladiator dans les toutes premières places de la liste des réalisateurs que les producteurs de Los Angeles appellent quand il s’agit de faire un carton, s’est remis, semble-t-il, à saper son piédestal avec bonne humeur. Non que son film manque d’ambition visuelle ; on croit déceler une obsession prégnante, celle de la façon dont les visages apparaissent ou disparaissent, dont le lien cependant avec l’intrigue, ou même avec le fond le plus secret du film, demeure particulièrement indécidable.

Prenant comme alibi la haute culture européenne, dont le docteur Lecter est friand, Hannibal est cependant un film remarquablement laid, caractéristique du prosaïsme pompier dans lequel Scott est tombé depuis pas mal d’années, et dont Gladiator s’échappait par moments ; si le pompiérisme est prosaïque, c’est parce qu’il s’agit de tout un art du plan cadré à la paresseuse, et parfois à même la molle épaule du cadreur. Du moins lorsqu’on voit quelque chose, car afin de signifier qu’il s’agissait bien d’un film noir, Ridley Scott a demandé à son propre chef opérateur une photographie noire comme du charbon qui ne permet qu’aléatoirement de distinguer les visages des protagonistes. Si nous ne savions pas d’autre part que la sublime Francesca Neri a les yeux bleus, ce n’est pas ce film qui nous aurait permis de l’apprendre.

Hollywood a du métier, et c’est toujours moins mauvais que si Dario Argento avait pris le train en marche, mais comment se contenter d’un film qui se borne à souligner complaisamment tous les traits psychologiques que son prédécesseur suggérait déjà, et dont l’enjeu esthétique final consiste à se demander comment le directeur des effets spéciaux va s’en tirer, si d’aventure la cervelle de Ray Liotta tombait dans son assiette. Et Julianne Moore, parfois, de sourire aux anges, comme si elle apercevait son prochain bon film derrière la lili du troisième assistant.

Hannibal
a au moins un mérite : permettre de réévaluer à la hausse le film, correct, tristounet, discrètement gothique, et franchement plus subtil, de Jonathan Demme.

Cet article a paru pour la première fois dans Le Petit spectateur – papier n°92 (février-mars 2001).

Etienne Mahieux

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  • FICHE TECHNIQUE
Pays : Etats-Unis
Durée : 2h05
Date de sortie : 21 février 2001
Scénario pouf-pouf : David Mamet, Steven Zaillian
D’après le roman de : Thomas Harris
Assistant réalisateur : Terry Needham
Production : Dino de Laurentiis, Martha de Laurentiis, Ridley Scott
Décors qu’on ne voit pas : Norris Spencer
Amorce de photographie : John Mathieson
Son : Per Hallberg
Montage chichiteux : Pietro Scalia
Effets visuels : Tim Burke
Musique en grincement de porte : Hanz Zimmer

  • DISTRIBUTION
Hannibal Lecter, D.M. : Anthony Hopkins
Clarice Starling, F.B.I. : Julianne Moore
Paul Krendler : Ray Liotta
Mason Verger : Gary Oldman
Il Commendatore Pazzi : Giancarlo Giannini
La signora Allegra Pazzi : Francesca Neri
Pickpocket mégalomane : Enrico Lo Verso
Dealer mais mère avant tout : Hazelle Goodman


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Endiablé, de Harold Ramis * *

Elliot est un employé parfaitement banal, intellectuellement assez limité, aux traits réguliers mais mous… Un type tellement médiocre qu’il en devient crispant, et tellement crispant qu’il est particulièrement solitaire, et moqué de toutes ses connaissances. Jusqu’au jour où une fille canon à tomber à genoux lui fait une proposition très épicée et très malhonnête : elle s’engage à réaliser sept de ses vœux, s’il veut bien lui vendre son âme. Car comment voulez-vous que le Diable tente qui que ce soit avec la sale tête que l’iconographie populaire lui a donnée ? Le Malin, pour se rendre irrésistible, se fait la tête de Liz Hurley.

Harold Ramis est un cinéaste doué, mais relativement peu exigeant avec ses dons. Roi à Hollywood de la « comédie à concept » depuis le remarquable Un jour sans fin (que nous avions su apprécier avant tout le monde, na), il est aussi capable de se vautrer dans des médiocrités de circonstance (Mafia Blues, que nous avions brocardé avant tout le monde, re-na). Endiablé est, disons… à mi-chemin. Le principe en est excitant… mais il faut rendre à César ce qui est à Stanley Donen : Endiablé est le remake de Fantasmes (1967). Certains passages sont dignes du disciple déviant d’Alain Resnais qu’est Ramis en secret (le générique, entre autres !). D’autres relèvent d’un comique assez laborieux, et sont sauvés par la brièveté inhérente à une structure « à sketches » assez ramassée (l’ensemble dure une heure et demi presque pile poil). Brendan Fraser se fait aider, pour changer en permanence de personnage selon les destinées que s’invente Elliot, par des maquillages assez lourds. Frances O’Connor s’en sort avec plus de simplicité.

Les seconds rôles sont assez insipides (la preuve en est que sans le générique de fin, je ne me serais jamais rendu compte que les mêmes acteurs reviennent dans chaque sketch !). L’espèce d’ange rendu nécessaire par le dénouement est joué par un type assez lumineux. Quant à Liz Hurley, elle imite l’Audrey Hepburn de Charade dans son élégance transformiste. L’ensemble est plaisant, si le spectateur consent à ne pas se montrer trop diabolique.

Cette critique a paru pour la première fois dans Le Petit spectateur – papier n°92

Etienne Mahieux

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  • FICHE TECHNIQUE
Titre original : Bedazzled
Durée : 1h33
Date de sortie : 21 février 2001
Pays : Etats-Unis
Scénario : Harold Ramis, Larry Gelbart, Peter Tolan
D’après le film écrit par : Peter Cook, Dudley Moore
Assistant réalisateur : Michael Haley
Production : Trevor Albert, Michael Haley, Suzanne Herrington, Harold Ramis
Décors : Rick Heinrichs
Photographie : Bill Pope
Son : Sandy Berman
Montage : Craig P. Herring
Effets visuels : Richard Edlund
Musique : David Newman

  • DISTRIBUTION
Elliot Richards : Brendan Fraser
Le diable : Elizabeth Hurley
Alison Gardner / Nicole Delarusso : Frances O’Connor
Daniel / Esteban / Homme sur la plage / Lamar Garrett / Docteur Ngegitigegitibaba : Orlando Jones
Jerry / Alejandro / Homme sur la plage / Jerry Turner / Lance : Toby Huss
Bob / Roberto / Homme sur la plage / Bob Bob : Paul Adelstein
L’ange : Gabriel Casseus
Le prêtre : Brian Doyle-Murray


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Ce que veulent les femmes, de Nancy Meyers * *

Nick Marshall est un mec. Un mec très mec. Franchement phallocrate (1). Non qu’il ne parvienne pas à communiquer avec les femmes, mais il communique à sens unique, avec l’art et la manière de briller à court terme. Or son patron lui envoie dans les pattes, à un poste qu’il convoitait lui-même, Darcy McGuire, une belle blonde dotée d’une réputation de tueuse.

Déphasé par les méthodes féminines, Nick Marshall se retrouve dans sa salle de bains, engoncé dans un collant, un sèche-cheveux dans la main droite. Un sèche-cheveux qui tombe dans son bain. Nick Marshall frôle le sort de Claude François, mais le lendemain, il se rend compte qu’il entend tout ce que les femmes qu’il côtoie pensent, mais ne disent pas.

Que ceux qui n’ont pas compris qu’à la fin Nick se réconcilierait avec sa belle ennemie, après avoir fait la paix avec sa part féminine, se lèvent. Je savais que vous étiez intelligents ! Evidemment, le film de Nancy Meyers ne révolutionne pas grand-chose. Ses principales qualités sont d’être sympathiquement écrit et bien joué, et de ne l’ignorer pas. A part quelques images fortes (et assez naïves) que la réalisatrice tenait manifestement absolument à placer, elle se contente de tailler un costard sur mesure à ses acteurs. Mel Gibson, viril mais correct, se fend d’un numéro d’imitation de Sinatra qui réjouit : on ne le savait pas si souple. A de nombreuses reprises ont se fend franchement la poire, et la toute fin recherche, avec les honneurs, le genre de glissade délirante qui a immortalisé les derniers plans de Certains l’aiment chaud ou Arsenic et vieilles dentelles. Pas mal tapé.

(1) Qu’il dit, le mec ! (Note anonyme et gratuite)

Cet article a paru pour la première fois dans Le Petit spectateur — papier n°92 (février-mars 2001).

Etienne Mahieux


  • BANDE ANNONCE


  • FICHE TECHNIQUE
Pays : Etats-Unis
Titre original : What women want
Durée : 2h07
Date de sortie : 14 février 2001
Scénario : Josh Goldsmith, Cathy Yuspa, Diane Drake
Assistant réalisateur : K.C. Colwell
Production : Susan Cartsonis, Bruce Davey, Gina Matthews, Nancy Meyers, Matt Williams
Décors : Jon Hutman
Photographie : Dean Cundey
Son : Dennis Drummond
Montage : Thomas J. Nordberg, Stephen A. Rotter
Effets visuels : Kenneth Jones
Musique : Alan Silvestri

  • DISTRIBUTION
Nick Marshall : Mel Gibson
Darcy McGuire : Helen Hunt
Lola : Marisa Tomei
Dan Wannamaker : Alan Alda
Gigi : Lauren Holly
Psy face à l’absolu : Bette Midler
Morgan Farwell : Mark Feuerstein
Margo : Valerie Perrine
Erin : Judy Green


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Le Pacte des loups, de Christophe Gans * *

Ce fut en 1764 que la Bête tua pour la première fois. Une jeune bergère fut retrouvée déchiquetée dans un recoin sauvage du Gévaudan. Quelques dizaines de victimes plus tard, le mystérieux animal s’apprêtait à passer du rang de terreur à celui de mythe, lorsque le Roi, sur les conseils de Buffon, envoya sur les lieux un jeune naturaliste, Grégoire de Fronsac. Sa mission : ramener la Bête du Gévaudan à Paris. Empaillée.

Bombance, messieurs, mesdames ! Ne reculant devant aucun sacrifice, la maison Christophe Gans régale à toute heure du jour et de la nuit ! Sur cette trame apparemment d’une simplicité toute biblique, l’auteur de Crying freeman brode au point de croix espionnage, contre-espionnage, horreur, monstres, de l’aventure, de l’action, du suspense, de l’amour ! rebouteux, curés, nobliaux, femmes diversement vénéneuses, et même un Indien d’Amérique ! Fritz Lang voisine avec Hunebelle, Hugo Pratt avec Diderot, Conan le Barbare avec les frères Dardenne ! Dans le cochon, tout est bon ! Dans le loup, tout est bou !

Mais (me demanderez-vous), tout ceci, budgeté deux cent millions, n’est-il pas un peu beaucoup pour un second film ? En général la boulimie vient au premier, et les gros budgets au cinquième… Que non, messieurs-mesdames, ou que pas tout à fait. Bon, évidemment, il y a des moments où Christophe Gans veut nous emmener un peu trop loin de sa donnée de départ, et où l’on ne marche plus tout à fait. L’incongruité des péripéties, et l’irréalisme d’une mise en scène qui célèbre la toute-puissance du cinéma plus que les souvenirs du jeune Thomas d’Apcher (théoriquement narrateur), entraînent parfois à regarder Le Pacte des loups de l’extérieur. Mais souvent, ma foi, on plonge dedans avec les délices que l’on trouve à jouir d’un feuilleton tout à la fois vraisemblable (rien n’est dans le film qui excède des suppositions historiquement raisonnables sinon fondées) et délirant (car de l’accumulation de l’étrangeté naît le délire). Le Pacte des loups tient du divertissement historique, de la cape et de l’épée, du thriller, du wu xia pian (film de sabre ou de kung-fu), du conte horrifique, et du western tout à la fois. On peut dire que ça tient ensemble grâce au talent et à l’énergie du maître d’œuvre.

Christophe Gans sacrifie, il est vrai, à l’esthétique maniériste internationale telle que Matrix ou les films de John Woo l’ont relancée, et parfois l’accumulation des effets photographiques, des ralentis, des accélérés, et des images de synthèse, crispe quelque peu le néo-réaliste rivettien qui ne sommeille en moi que d’un œil. Mais il faut admettre que si (à mon sens) tout cette préciosité nuit considérablement à la crédibilité de l’ensemble (ce qui est toujours préjudiciable pour un film d’aventures), Christophe Gans en fait dans ses meilleurs moments tout à la fois un rite et une danse, une sarabande de mort à la mémoire des victimes de la Bête et des loups injustement accusés. Le Pacte des loups, rondement mené, rassasie son homme. Il faut maintenant que Christophe Gans apprenne à retrancher.

Cet article a paru pour la première fois dans Le Petit spectateur — papier n°92 (février-mars 2001)

Etienne Mahieux


  • BANDE ANNONCE


  • FICHE TECHNIQUE
Pays : France
Durée : 2h22
Date de sortie : 31 janvier 2001
Scénario : Stéphane Cabel, Christophe Gans
Assistant réalisateur : Lionel Steketee
Production : Richard Grandpierre, Samuel Hadida
Décors : Guy-Claude François
Photographie : Dan Laustsen
Son : Nicolas Becker, Ann Scibelli
Montage : Xavier Loutreuil, Sébastien Prangère, David Wu
Effets visuels : Seb Caudron, Val Wardlaw
Musique : Joseph LoDuca

  • DISTRIBUTION
Grégoire de Fronsac : Samuel Le Bihan
Mani : Mark Dacascos
Jean-François de Morangias : Vincent Cassel
Marianne de Morangias : Emilie Dequenne
Sylvia : Monica Bellucci
Thomas d’Apcher : Jérémie Rénier
Henri Sardis : Jean-François Stévenin
Le comte de Morangias : Jean Yanne
Geneviève de Morangias : Edith Scob
Laffont : Bernard Farcy
Capitaine Duhamel : Eric Prat
La bavarde : Virginie Darmon
Maxime Des Forêts : Nicolas Vaude
Thomas d’Apcher âgé : Jacques Perrin
Beauterne : Johan Leysen
Le marquis d’Apcher : Hans Meyer
Jean Chastel : Philippe Nahon
Duc de Moncan : Jean-Loup Wolff
Mercier : Bernard Fresson
Le père Georges : Jean-Paul Farré
Un aristocrate : Jean-Pierre Jackson
La Fêlure : Nicky Naude
La Tessier : Frankie Pain
Cécile : Juliette Lamboley
Louis : Gaspard Ulliel
Machemort : François Hadji-Lazaro


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Peines d’amour perdues, de Kenneth Branagh * * *

Le roi de Navarre et trois de ses plus intimes amis, désireux d’élever leur âme, font un double serment. Tout d’abord, de consacrer les trois prochaines années au jeûne et à l’étude, exclusivement. Ensuite, et par conséquent, de bannir de la cour toute présence féminine, afin de n’être point tenté par les choses de l’amour. Noble et stupide projet : dans son enthousiasme le roi néglige l’ambassade, dès longtemps annoncée, que viennent lui rendre la princesse de France en personne, et trois de ses plus charmantes amies.

Plus que jamais plongé dans ses études shakespeariennes, Kenneth Branagh y a cependant appliqué le même principe que Cocteau vis-à-vis de l’Antiquité grecque : « Vous respectez ; moi, j’aime. » Il a situé Peines d’amour perdues à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale, et surtout il a sabré les deux tiers du texte pour le remplacer par d’immortels standards, quelques unes des plus belles chansons de l’époque… opération qui se justifie d’ailleurs parfaitement, en théorie, par l’écriture shakespearienne, qui dans cette pièce s’essayait aux vers systématiquement rimés, et incluait un « Masque », c’est à dire un divertissement musical sans lien étroit avec l’intrigue.

La mauvaise nouvelle, c’est que ça ne remplace pas totalement. La pièce de Shakespeare est réduire, durant une bonne partie du film, à un divertissement sans guère de conséquences ; on a même l’impression de voir les comédiens principaux en sous-régime permanent, à l’exception peut-être de Branagh lui-même, qui a l’art de faire un sort à la moindre réplique. Le dénouement et l’épilogue en revanche, par leurs nuances de gravité, nous ramènent dans l’atmosphère de l’auteur de Comme il vous plaira. La bonne nouvelle, c’est que le travail d’intégration des chansons dans le texte porte ses fruits, dans la mesure où la discontinuité, plus sûrement peut-être pour des spectateurs non anglophones et moins attentifs à la différence entre l’archaïsme de la langue shakespearienne et la familiarité contemporaine des lyrics, finit par devenir insensible entre texte de la pièce et chansons. Le sublime They can’t take that away from me des frères Gershwin peut ainsi devenir le véritable dernier mot du film.

On comprend que Kenneth Branagh s’est, pour le reste, livré à un pastiche assez remarquable des comédies musicales américaines des années 30 à 50. Si son film est un peu trop léger pour faire un repas complet, son travail à la caméra l’est en revanche comme jamais. Aucun film de Kenneth Branagh n’a jamais été exempt de lourdeur. Ici, les pitreries des clowns, nullement incompatibles avec l’esthétique de la comédie musicale, sont poussées à une caricature parfois pesante. Mais, jouant à fond le jeu de la théâtralité, dans un décor de carton-pâte assumé (le château à la grille marquée « Navarre — les femmes ne sont pas admises » !), en légers plans-séquences effectués par une steadycam discrète, Kenneth Branagh atteint à une véritable élégance. Si les interprètes n’ont donc pas tous l’occasion de briller véritablement, si Alicia Silverstone est un peu balourde et si Timothy Spall force la note en Espagnol fantasque, il faut en revanche remarquer la grâce lumineuse d’Adrian Lester (le meilleur danseur de la bande, et accessoirement l’interprète principal du récent Hamlet mis en scène par Peter Brook), et l’humour chaleureux de Richard Clifford et des chers Richard Briers et Geraldine McEwan, succulents d’autodérision.

Etienne Mahieux

  • FICHE TECHNIQUE
Pays : Grande-Bretagne / Canada
Titre original : Love’s labour’s lost
Durée : 1h33
Date de sortie : 24 janvier 2001
Scénario : Kenneth Branagh
D’après la pièce de : William Shakespeare
Assistant réalisateur : Simon Moseley
Production : David Barron, Kenneth Branagh, Bob Weinstein, Harvey Weinstein
Décors : Tim Harvey
Chorégraphie : Stuart Hopps
Photographie : Alex Thompson
Son : Peter Glossop
Montage : Daniel Farrell, Neil Farrell
Effets visuels : Antony Hunt
Musique : Patrick Doyle, Cole Porter, Irving Berlin, George Gershwin, Jerome Kern…

  • DISTRIBUTION
Biron : Kenneth Branagh
Le père Nathaniel : Richard Briers
Boyet : Richard Clifford
Maria : Carmen Ejogo
Costard : Nathan Lane
Du Maine : Adrian Lester
Longueville : Matthew Lillard
Rosaline : Natascha McElhone
Mme Holophernia : Geraldine McEwan
Catherine : Emily Mortimer
Le roi de Navarre : Alessandro Nivola
La princesse de France : Alicia Silverstone
Don Adriano de Armado : Timothy Spall
Balourd : Jimmy Yuill


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