A.I. (Intelligence Artificelle), de Steven Spielberg * * * *

Dans un futur pas trop éloigné, la robotique aura fait des progrès substantiels ; au point qu’auront été mis au point une nouvelle génération d’androïdes, les « mécas », capables de produire l’illusion complète de l’humanité, et programmés pour éprouver des sentiments. C’est ainsi que, vivant dans le souvenir d’un fils qui survit sous la forme d’un légume, Monica et Henry Swinton font l’acquisition du dernier modèle : David, un robot qui, sous l’apparence d’un enfant de onze ans, est conçu pour manifester un amour filial absolu.

A.I. était un projet de Stanley Kubrick, qu’il avait demandé à Spielberg de réaliser à sa place, le sentant plus proche de l’univers de l’auteur d’E.T. que du sien propre, malgré la parenté évidente du sujet avec celui de 2001. Le but était évidemment que le film sorte en 2001…

Dans la première partie du film, qui est celle où l’influence de Kubrick se fait le plus sentir (jeux de cadre très subtils, univers aseptisé), Spielberg donne une grande leçon de cinéma. C’est absolument impeccable d’intelligence, et surtout l’auteur du Soldat Ryan a eu une idée géniale qui n’appartient véritablement qu’à lui (Kubrick pensait recourir aux images de synthèse) : les robots sont joués par des acteurs. Leur présence ne saurait être plus troublante. Dans le rôle central, Haley Joel Osment (le petit garçon du Sixième sens) est sensationnel, Spielberg utilisant avec beaucoup d’intelligence sa raideur naturelle et son intelligence manifeste.

Est-ce à dire que Spielberg (c’est parfois son péché) finit son film en queue de poisson ? Certainement pas. La deuxième partie d’A.I. utilise en effet l’esthétique qu’Hollywood a plaquée sur les contes de fées, les références principales étant Pinocchio (évidemment) et Le Magicien d’Oz. Le résultat est évidemment un peu sucré, mais cette sucrerie est perturbée par deux choses. Tout d’abord la séquence de la « foire à la chair », un pogrom organisé par des humains extrémistes qui font la chasse aux mécas pour les détruire dans des raffinements d’invention : le vent froid de la Shoah, qui hante les films de Spielberg depuis bien avant Schindler, souffle une nouvelle fois. Ensuite l’épilogue, toujours aussi sentimental d’apparence, mais secrètement terrible, désespéré. C’est que cette esthétique pseudo-guimauve est le masque derrière lequel Spielberg réalise son film le plus dur, le plus morbide : et l’un de ses plus personnels, bien qu’il n’ait fait au départ qu’hériter du projet. Le public américain, qui a relativement boudé A.I., n’a probablement pas avalé la pilule. A nous de reconnaître là une nouvelle marque du talent exceptionnel de Steven Spielberg.

Article publié dans Le Petit spectateur-papier, n°93 (février 2002)


Etienne Mahieux

  • BANDE ANNONCE


  • LIENS INTERNET
Site officiel

  • FICHE TECHNIQUE
Titre original : Artificial Intelligence : AI
Pays : Etats-Unis
Durée : 2h26
Date de sortie : 24 Octobre 2001
Scénario : Steven Spielberg, Ian Watson
D’après : la nouvelle Supertoys last all summer long de Brian Aldiss
Et un projet de : Stanley Kubrick
Production : Bonnie Curtis, Kathleen Kennedy, Steven Spielberg, Jan Harlan
Assistant réalisateur : Sergio Mimica-Gezzan
Décors : Rick Carter
Photographie : Janusz Kaminski
Son : Gary Rydstrom
Montage : Michael Kahn
Supervision des effets visuels : Scott Farrar, Dennis Muren
Musique : John Williams
Chanson : Max Brody, Deborah Coon

  • DISTRIBUTION
David : Haley Joel Osment
Monica Swinton : Frances O’Connor
Henry Swinton : Sam Robards
Gigolo Joe : Jude Law
Professeur Hobby : William Hurt
Lord Johnson-Johnson : Brendan Gleeson
La nounou : Clara Bellar
Voix du docteur Know : Robin Williams
Voix du Spécialiste : Ben Kingsley
Voix de Méca Bleu : Meryl Streep
Voix du Comique : Chris Rock

Partager cet Article:

Facebook Twitter Technorati digg Stumble Delicious MySpace Yahoo Google Reddit Mixx LinkedIN FriendFeed

Blogger

1 Commentaire

Alors là, je ne suis pas du tout d'accord avec tes 4 étoiles, mais je n'ai aucun argument puisque je n'ai de ce film que le souvenir d'un profond ennui... :o/

Enregistrer un commentaire